Jardins collectifs : une histoire de partages

Partager un espace, un projet, participer aux activités, respecter la nature, soigner son petit lopin de terre… Les jardins partagés sont aujourd’hui presque une philosophie qui permet de tisser des liens sociaux, s’approprier un cadre de vie, favoriser des échanges et la biodiversité. Un vent de fraîcheur souffle sur nos villes…

Apparus il y a une quinzaine d’années, les jardins partagés sont encore peu connus du grand public. Leur histoire est liée à celle du Jardin dans Tous Ses États (JTSE), un réseau national représenté aujourd’hui par douze correspondants régionaux, dont l’association Graine de Jardins présente sur l’Ile-de-France (www.jardins-partages.org). Le concept de jardin partagé est né au sein de ce réseau constitué en 1997, avec l’appui de la Fondation de France. Les fondateurs du réseau venaient d’horizons très différents : éducation à l’environnement, insertion, recherche en sociologie, militants écologistes, acteurs associatifs des jardins familiaux… tous souhaitant participer à une dynamique d’échanges et de réflexion  autour des jardins collectifs dans leur ensemble. Il fallait enfin trouver un terme pour désigner ces jardins, certes très divers par leurs objectifs mais possédant des valeurs communes. Ainsi naît la notion du jardin partagé : partage de l’espace, d’un projet, des activités, de la gestion du jardin… étant perçue comme essentielle.

© Thierry GuillaumeQue sont les jardins partagés ?

Le terme « jardin partagé » a évolué au cours de ces quinze dernières années pour désigner plus particulièrement de petits jardins de proximité, inspirés des « jardins communautaires » nord-américains. Le réseau du Jardin dans Tous Ses États a en effet joué un rôle essentiel dans la transposition et la diffusion du modèle des « community gardens », en particulier de New York et de Montréal, où différents membres du réseau ont eu l’occasion de se rendre avec l’aide de la Fondation de France. Il s’agit de jardins de quartier, le substantif « community » renvoie à une notion de proximité et de collectif et non pas à une dimension communautaire dans le sens français. La géographie des villes américaines fait que le jardin peut être celui d’une communauté mais ce n’est pas le sens initial.

Installés sur d’anciennes friches, les « community gardens » offrent à la fois un espace de jardinage aux adhérents de l’association, mais aussi un lieu de promenade au public. Les parcelles sont individuelles, parfois pas plus grandes que 2 m2, ou collectives et cultivées en commun par les membres de l’association. Ces deux modes d’utilisation de l’espace sont également présents dans l’Hexagone.

Les « community gardens » de New York sont accessibles au public selon des horaires hebdomadaires fixes et lors des manifestations organisées dans le jardin. Ces endroits accueillent des repas de quartier, des expositions, des spectacles, des animations socioculturelles au sens large. La ville de New York en compte plus de 600 actuellement. Ils contribuent à l’amélioration du cadre de vie, notamment dans les quartiers défavorisés.

À l’occasion des forums internationaux organisés par le Jardin dans Ses États à Lille, Nantes et Paris, des intervenants américains et canadiens sont venus expliquer le fonctionnement de ces jardins. En France, le premier « jardin communautaire » a vu le jour à Lille en 1997 avec l’appui de l’association Ajon. Installé dans le quartier Moulins, le Jardin des (Re)trouvailles va bientôt fêter ses 15 ans. Les correspondants régionaux du Jardin dans Tous Ses États ont localement diffusé ce modèle auprès du grand public, des associations et des collectivités locales.

Une aventure qui continue…

En Ile-de-France, depuis sa création en 2001, l’Association Graine de Jardins a accompagné, conseillé et orienté de très nombreux porteurs de projet : les habitants, les associations, les centres sociaux, les collectivités locales… L’association apporte une expertise sur le montage du projet, permet la recherche de financements, la gestion du jardin et même la médiation de conflits dans certains cas. Car, si ces jardins sont de petites oasis urbaines, ils peuvent être aussi le théâtre de conflits comme dans n’importe quelle association.

Le nombre de jardins partagés augmente régulièrement : d’une poignée en 2000, ils sont environ une centaine en Ile-de-France. L’annuaire en ligne, disponible sur le portail internet des jardins partagés francilien, en a recensé précisément 96 en juin 2011. Et de nouveaux sont découverts presque chaque semaine. Cela place l’Ile-de-France en deuxième position après la région Rhône-Alpes qui en compte plus de 150. Au niveau national, ils sont environ 400.

Bourdon (Bombus psythyrus vestalis), très fréquent en juin-juillet dans nos jardins, c'est un bourdon coucou car la femelle s'infiltre dans le nid de son hôtesse, cachée par un "masque" d'odeurs hormonales. - © Gilles Roux  Coccinelle (Coccinella septempunctata), la "bête à bon Dieu" , est l'amie du jardinier. Elle dévore les pucerons au jardin. - © Gilles Roux

Graine de jardins

Au travail d’accompagnement s’ajoute celui d’animation de réseau pour Graine de Jardins. Avec une centaine de jardins répartis sur presque tous les départements de la région, à l’exception de la Seine-et-Marne et des Yvelines, tisser des liens entre les associations constitue une véritable gageure ! Paris compte actuellement 65 jardins intra muros. La création du programme Main Verte en 2003 a facilité le montage du projet pour les associations en leur désignant un guichet unique au sein de l’administration parisienne. Avec 18 jardins partagés, le département de la Seine Saint-Denis est le plus dynamique après celui de Paris. Ce n’est pas étonnant au vu de son riche héritage en matière de maraîchage et de jardins familiaux.

Pour répondre à ce défi, Graine de Jardins administre un portail internet régional, (www.jardins-ensemble.org) sur lequel sont recensés les jardins partagés et les jardins d’insertion et relayées toutes les manifestations organisées par les associations. L’objectif est de donner de la visibilité aux jardins, mais aussi de donner envie aux adhérents jardiniers de découvrir d’autres jardins. Dès l’arrivée de la belle saison, Graine de Jardins organise avec les autres associations une « ronde des pique-niques » qui ont lieu dans un jardin différent chaque semaine et sont ouverts à tout public. À l’occasion de la Fête des Jardins partagés qui a lieu le premier week-end d’octobre partout en France, Graine de Jardins l’organise cette année avec des associations du XIXe arrondissement de Paris. Le programme des manifestations dans chaque région se trouve sur le site www.jardins-partages.org.

Anémone de Caen au Trèfle d'Eole, jardin partagé situé dans le parc d'Eole, (Paris 18e) - © Laurène CaudalPapillon Azuré sur un aster d'automne. Le mâle se distingue par l'intérieur des ses ailes nettement bleues. Ce papillon fréquente le jardin partagé de l'Aqueduc (Paris 14e) - © Gilles Roux

Lieux de biodiversité au cœur des cités…

Pour découvrir les jardins partagés, rien de mieux que d’en visiter un. Le Poireau Agile se trouve dans le parc Villemin situé à côté de la gare de l’Est à Paris et le long du canal Saint-Martin. Aucune barrière ne ferme ce jardin partagé qui s’intègre parfaitement au square. L’espace circulaire offre une surface de 220 m2 cultivables, découpés en 50 parcelles cultivées collectivement ou individuellement. Plusieurs écoles viennent y jardiner de même que des structures accueillant des personnes en difficulté.

« C’est à la fois un lieu de jardinage collectif, un terrain d’expérimentation, un centre d’éducation populaire, un espace d’échanges entre générations et un terreau de solidarité. C’est aussi un outil de promotion d’une gestion écologique de l’environnement et de découverte de la biodiversité. Et c’est souvent le support d’activités culturelles ou artistiques et d’animations de quartier », comme l’indique l’association Ville Mains Jardins qui gère ce jardin partagé. Environ 150 espèces végétales y sont recensées en 2007 et près de 300 espèces d’insectes pollinisateurs en 2010. Tous les inventaires sont consultables sur le site de l’association (sites.google.com/site/poireauagile). On pourra y admirer les très belles photos d’insectes de Gilles Roux, jardinier et entomologiste amateur, qui ont fait l’objet d’une exposition itinérante dans l’arrondissement.

UN PROJET BIEN DEFINI

La philosophie du jardin partagé se base sur des valeurs et une démarche de projet formulé dans la Charte de la Terre en Partage, également consultable en ligne : le renforcement des liens sociaux, l’appropriation du cadre de vie par tout citoyen sans discrimination, la possibilité pour les personnes en difficulté de retrouver utilité sociale et dignité ainsi que respect de la Terre et du monde vivant. La Charte définit également des principes de mise en œuvre, tels que la recherche de la diversité des objectifs et des publics dans les projets. Il s’agit, au sein des jardins, de favoriser le croisement entre les différents habitants d’un quartier, mais aussi de lier préoccupations environnementales et enjeux sociaux.

Nos politiques publiques ont tendance à cloisonner les champs et à ne pas encourager les approches transversales. Les projets de jardins fournissent une excellente opportunité pour appliquer les préceptes du développement durable. 

La concertation fait aussi partie des principes qui définissent les jardins partagés. L’objectif ici est de s’appuyer sur l’expertise d’usage des habitants, sur leur connaissance du territoire où va s’implanter le jardin pour concevoir un projet qui corresponde à leurs besoins et à leurs attentes. La phase de concertation doit avoir lieu en amont de l’aménagement. Quand les habitants sont force de proposition, ils s’approprient d’autant mieux le jardin qu’ils ont été associés à sa conception. Il appartient, en revanche, aux élus et aux services de valider les choix et les arbitrages budgétaires.

Le respect de l’environnement est un point également très important dans la Charte. Il s’appuie sur des « pratiques culturales favorisant la biodiversité, sauvage et domestique, intégrant une gestion écologique des cycles naturels, de l’eau et des déchets ». L’utilisation de produits phytosanitaires est le plus souvent proscrite dans les règlements des jardins partagés. Il n’existe pas de règlement standard, chaque association étant libre de fixer les modalités de fonctionnement du jardin. Ces questions peuvent générer des tensions entre jardiniers. La pédagogie reste la meilleure voie pour faire évoluer les pratiques.

 

En savoir plus :

> Eric Prédine, Jean-Paul Collaert, Jardins en partage. Rue de l’Echiquier, 2009.
> Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy. Jardins partagés, utopie, écologie, conseils pratiques. Terre Vivante, 2008.

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